« Cela viendra tout seul » : le troisième grand malentendu
Poursuivons notre exploration des idées reçues sur la vocation. Après avoir déconstruit le mythe des points faibles et celui de l’argent comme boussole unique, attaquons-nous à une croyance plus subtile mais tout aussi paralysante : l’attente passive.
Troisième mythe : « La vocation viendra d’elle‑même, sans effort »
Certains pensent que la vocation est une fleur qui pousse toute seule. On s’assoit dans son fauteuil, les bras croisés, et un beau matin, paf : l’épanouissement, les talents, la réussite. Tout arrive sans qu’on bouge le petit doigt.
C’est une image étrange, vous ne trouvez pas ?
Pourtant, cette croyance est bien ancrée chez certaines personnes : « C’est le destin. C’est la volonté de Dieu. Je suis né comme ça. On m’a toujours dit que je n’avais pas de talents. » La liste est longue.
Résultat : on vit dans l’inertie, dans l’attente que tout arrive tout seul.
Ce qui se passe vraiment
Un adage dit : « Celui qui ne contrôle pas ses propres objectifs se les fait imposer par d’autres. »
Traduisons cela en trois points concrets :
- Des objectifs vous seront fixés – alignés sur les intérêts d’autrui, pas sur les vôtres.
- On vous fournira des arguments pour vous inciter à les poursuivre (parfois avec bienveillance, parfois moins).
- Vous consacrerez vos ressources – temps, énergie, compétences, biens – à réaliser une vision qui n’est pas la vôtre.
En d’autres termes, vous deviendrez un simple outil au service des objectifs des autres.
Et si j’accepte d’être utilisé ?
Certaines personnes acceptent cette situation en toute conscience. Ce n’est ni bien ni mal. Il faut juste être clair avec soi‑même.
Si vous acceptez d’être un outil, alors faites de cette condition votre propre objectif. Par exemple : vous exercez un métier qui ne vous passionne pas, mais qui paie très bien, et vous voulez acheter un appartement. Votre objectif devient : « Je vais exercer ce métier le temps d’accumuler un apport, et ensuite je changerai. »
Mais attention : dans cette configuration, votre projet principal est de servir les desseins d’autrui. Vos projets personnels passent au second plan, et ils risquent même de ne jamais aboutir si l’outil qu’on utilise peut être remplacé à tout moment (et il le sera).
Conclusion : dans cette configuration, il vaut quand même mieux faire un travail qui correspond à votre vocation – et qui vous procure de la joie.
Une question à vous poser
Prenez votre cahier, votre téléphone ou votre ordinateur, et notez la réponse à cette question :
« Est-ce que j’avance en priorité vers mes objectifs ou vers ceux des autres? »
Ce que cela nous enseigne
Ce raisonnement montre pourquoi il est essentiel d’être à l’écoute :
- de soi‑même,
- de ses proches,
- de la moindre étincelle de talent ou d’envie de créer.
Dès que vous percevez une lueur, saisissez‑la. Faites-la émerger, développez-la, donnez-lui vie. Intégrez-la dans vos objectifs, dans vos projets personnels.
Un mot sur les enfants
Ce besoin d’attention et de soutien est encore plus vrai pour les enfants. Un enfant a absolument besoin du regard de ses parents. Sans cette reconnaissance, il peut abandonner une passion – ou pire, agir par contradiction.
Alors oui, investissez dans vos enfants. Mais l’investissement le plus précieux est simple : de l’attention. Intéressez-vous vraiment à ce qu’ils font. Offrez-leur votre temps.
Et n’oublions pas que ce besoin d’attention sincère est universel : il touche tous ceux qui nous sont chers.
Conclusion de la troisième partie
Nous avons vu que la vocation n’est pas un don tombé du ciel, mais une construction active. Attendre passivement qu’elle vienne est la meilleure façon de la voir passer sans la reconnaître. Dans le prochain et dernier volet, nous aborderons un mythe qui touche à notre rapport au temps : la croyance qu’il serait « trop tard » pour trouver sa voie. Car beaucoup renoncent avant même d’avoir commencé, simplement parce qu’ils pensent avoir dépassé l’âge.
Les opinions exprimées par les contributeurs de Vues & Revues leur sont propres et peuvent ne pas correspondre celles de Vues & Revues.

