Faut-il vraiment chercher sa vocation ?

Naviguer dans le monde du travail n’est pas toujours un exploit aisé. Pourquoi exerçons-nous tel ou tel métier ? Pourquoi préférons-nous certains loisirs plutôt que d’autres ? Dans quelle activité nous sentons-nous vraiment épanouis ? Et pourquoi, parfois, rien que penser à notre travail nous déprime chaque matin ?

La réponse à toutes ces questions se trouve peut-être dans la compréhension de ce qui fait notre vocation : nos prédispositions, nos points forts, nos envies profondes.

On entend souvent dire qu’il faut trouver sa vocation pour s’épanouir. Mais qu’est-ce que c’est exactement, une vocation ? Et est-ce vraiment un problème de ne pas la connaître ?

Une question légitime

Commençons par une question simple, que beaucoup se posent (et souvent tout bas) :

Faut-il vraiment chercher sa vocation, comprendre à quoi je suis prédisposé(e) ? Ou vaut-il mieux trouver un job confortable qui paie bien, et éviter de se prendre la tête ?

Après tout, il est plus simple de se laisser porter par le courant, de profiter de la vie sans trop réfléchir. Pourquoi irait-on chercher des complications ?

Cette interrogation revient souvent, portée par des phrases que l’on entend partout :

  • « Les jeunes ne veulent plus travailler. »
  • La vie – c’est une fatalité, « À quoi bon chercher une vocation ? »
  • « Je vais prendre ce boulot parce que c’est tranquille et que ça paie bien. »

Ces phrases méritent qu’on s’y arrête. Pas pour les juger, mais pour comprendre ce qui se joue vraiment derrière.

Ce que « tranquille et bien payé » veut dire concrètement

Prenons l’exemple d’une personne qui décroche ce fameux poste « tranquille et bien payé ». Sur le papier, tout va bien. Sauf que dans la réalité :

  • Elle fait la même chose jour après jour, mois après mois.
  • Son responsable, lui, fait la même chose depuis des années. Et il commence à détester profondément son travail.
  • Pour évacuer ses frustrations, ce responsable harcèle systématiquement son employé.

Combien de temps cette personne tiendra-t-elle ? Tombera-t-elle en dépression avant de pouvoir s’en sortir ?

Je n’ai pas de réponse universelle à ces questions. Mais elles méritent d’être posées avant de choisir la facilité apparente.

L’argument de la survie

D’autres diront : « Dans un monde chaotique, la vocation passe au second plan. La priorité, c’est la survie – psychologique et matérielle. »

C’est un argument compréhensible. Mais regardons-le de plus près.

Si vous définissez la survie comme votre objectif principal, que croyez-vous que l’univers va vous offrir ? Des opportunités de survivre. Rien de plus, rien de moins.

Votre vie tend à correspondre aux objectifs que vous lui fixez – consciemment ou non.

Une histoire qui éclaire ce mécanisme

Un psychothérapeute spécialisé dans les affaires familiales m’a raconté cette consultation.

Une jeune femme vient le voir. Sa première phrase : « J’ai un problème. »

Le thérapeute : « Quel est votre problème ? »

La patiente : « C’est mon mari. Il ne s’intéresse pas à moi. »

Le thérapeute remarque qu’elle tient un jeune enfant dans ses bras et il dit : « Pourtant, vous êtes venue avec un enfant. Votre mari s’intéresse quand même à vous, d’une certaine manière. »

La patiente : « Oui, j’ai un enfant. J’ai un bon mari, il s’occupe de nous, il travaille, il gagne de l’argent. Mais il ne s’intéresse absolument pas à moi en tant que personne. Il rentre, il dort, il mange, il repart travailler. C’est triste, c’est aigre, c’est trouble. »

Le thérapeute : « Pouvez-vous me dire honnêtement : quand vous avez décidé de vous marier, que vouliez-vous précisément ? »

La patiente : « Eh bien… je voulais avoir un bébé. »

Le thérapeute : « C’était votre seul objectif à l’époque ? »

La patiente : « Oui. »

Le thérapeute : « Vous avez eu cet enfant. Que voulez-vous d’autre ? »

La patiente : « Je voulais qu’ensuite il y ait des étincelles, de la flamme dans notre relation… »

Le thérapeute : « Ce que vous avez voulu, vous l’avez obtenu. Vous avez voulu un enfant, et vous l’avez. Vous récoltez ce que vous avez semé. »

Nous comprenons tous le sens de cette histoire. Si vous décidez que vous voulez uniquement un enfant, vous ne pouvez pas exiger d’en avoir douze, et en plus, que votre époux vous adore, vous offre des fleurs chaque semaine et soit attentif à la richesse de votre monde intérieur. Cela ne fonctionne pas comme cela.

Ce que cela nous apprend sur la vocation

Le même mécanisme s’applique à votre vie professionnelle :

Si vous visez uniquement…Vous obtiendrez probablement…
La survieDes situations où vous survivez, mais sans plus
Un salaire confortableUn salaire, et parfois l’ennui ou la frustration qui va avec
La tranquillitéUn quotidien stable, mais peut-être vide de sens

Rien de mal à cela. Mais il est important de savoir ce que vous choisissez réellement – et d’en accepter les conséquences.

L’alternative n’est pas de tout quitter pour une quête mystique de la vocation. Elle est simplement de donner à votre esprit d’autres orientations, d’autres questions à explorer.

Ce que nous retiendrons

Pour mieux vous guider vers la découverte de votre vocation, posons quelques bases :

  1. Chercher sa vocation n’est pas une obligation. C’est une option. Une option qui peut enrichir votre vie professionnelle, mais qui n’est pas le seul chemin possible.
  2. Ce que vous visez détermine ce que vous obtenez. Pas de jugement là-dedans : juste une observation. Si vous visez la survie, vous survivrez. Si vous visez l’alignement, vous aurez plus de chances de le trouver.
  3. Il y a des avantages concrets à comprendre sa vocation. Nous allons les explorer ensemble. Pas pour vous convaincre, mais pour que vous puissiez choisir en connaissance de cause.
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Lara STANLEY

Les analyses de Lara STANLEY explorent les intersections mouvantes entre économie, finance, technologies et société — quatre dimensions qu'elle aborde avec la profondeur de...

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