Les marchés énergétiques européens sont en état d’alerte maximal. Alors que les explosions ont retenti sur plusieurs sites militaires au Moyen-Orient dans un contexte d’escalade entre l’Iran, les États-Unis et Israël, les prix du gaz et du pétrole ont enregistré des hausses spectaculaires, ravivant le spectre de la crise énergétique de 2021. La Commission européenne a convoqué d’urgence une réunion extraordinaire pour évaluer la situation et anticiper les conséquences pour le Vieux Continent.
Un choc géopolitique immédiat
Dès les premières heures des affrontements, la rapidité de la riposte iranienne a surpris les observateurs. Contrairement aux tensions de l’été précédent, où Téhéran avait pris près de deux jours pour organiser sa réponse, les frappes ont cette fois été lancées en un peu plus de deux heures. L’Iran a ciblé des bases militaires et des infrastructures liées aux forces américaines et israéliennes dans la région, sans distinction de pays hôte.
Parallèlement, le détroit d’Ormuz, artère vitale pour les exportations de pétrole, est devenu une zone de grande incertitude. Des déclarations contradictoires sur sa fermeture partielle, associées à des attaques contre plusieurs pétroliers, ont entraîné une paralysie du trafic. Selon les données disponibles, environ 150 navires, dont des pétroliers, errent ou s’entassent dans les ports de la région, faute de garanties de sécurité. Les compagnies d’assurance, pour leur part, ont commencé à retirer certaines polices ou à exiger des surprimes pouvant atteindre 50 %.
Des conséquences immédiates sur les prix
Sur le marché européen du gaz naturel (TTF, Dutch TTF Futures), la volatilité a été extrême. En une seule journée, les prix du gaz ont atteint un pic de près de 590 dollars les 1 000 m³ avant de se stabiliser autour de 530-540 dollars, soit une hausse de plus de 100 dollars par rapport à la veille. Par ailleurs, le Qatar, premier fournisseur de GNL de l’Europe avec 60 milliards de m³ livrés en 2025, a annoncé une suspension de sa production, faute de capacités de stockage cryogénique suffisantes.
Côté pétrole, les marchés à terme (contrats mai) ont bondi, tandis que les cotations spot enregistraient des variations encore plus marquées. Les pays du Golfe, confrontés à des dégâts sur leurs infrastructures, pourraient être contraints de réduire leur production dans les trois semaines. Or, même en cas de cessation rapide des hostilités, le redémarrage des puits prendra du temps et coûtera cher.
L’Europe face à un nouveau défi de stockage
Bien que l’hiver touche à sa fin, l’Europe doit désormais reconstituer ses stocks souterrains de gaz avant l’été, avec un objectif de remplissage fixé à 90 % par la Commission. Dans des circonstances normales, les prix baissent durant l’intersaison, facilitant le réapprovisionnement. Mais cette année, tout dépendra de la durée du conflit et de la persistance des tensions.
Des réactions en chaîne au-delà de l’Europe
Le Japon, qui importe 90 % de son pétrole du Moyen-Orient, suit la situation avec une inquiétude particulière. L’Inde, après avoir envisagé de se détourner du pétrole russe dans le cadre d’un accord commercial avec les États-Unis, pourrait revenir sur sa position, alors que les cours mondiaux s’emballent. Les réserves stratégiques des pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), censées garantir 90 jours d’autonomie, pourraient être sollicitées pour amortir le choc, mais leur usage massif sous l’administration Biden a réduit les marges de manœuvre.
Perspectives et facteurs d’incertitude
Sur le plan politique, la durée du conflit reste incertaine. Le droit américain limite à 72 heures les opérations militaires sans autorisation du Congrès, ce qui pourrait contraindre l’administration Trump à justifier rapidement la suite des opérations. Le soutien interne est fragile : seuls 27 % des électeurs approuveraient la gestion du président selon les premiers sondages.
Enfin, les pays arabes, dont les capacités de défense antiaérienne s’épuisent à protéger leurs installations, pourraient faire pression pour une désescalade. L’unanimité internationale s’est d’ores et déjà exprimée dans de nombreuses manifestations de soutien au peuple iranien, compliquant encore davantage une résolution rapide.
Conclusion
À ce stade, l’Europe se trouve à un tournant. La flambée des prix du gaz et du pétrole pourrait compromettre la reprise économique et compliquer le remplissage des stockages pour l’hiver prochain. L’urgence est telle que la Commission européenne devra trancher entre mobilisation des réserves stratégiques, diversification accrue des approvisionnements et soutien aux États membres les plus vulnérables. L’évolution des prix dans les prochaines semaines dépendra avant tout de la durée du conflit et de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
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