Les quatre mythes de la vocation professionnelle (première partie)

Travailler ses faiblesses ou ses forces : le premier grand malentendu

Dans nos discussions sur la recherche de la vocation, arrêtons-nous un instant sur les erreurs que nous commettons tous. Sur le chemin de la recherche de vocation, on croise beaucoup de mythes, de « bonnes idées » qui n’en sont pas. J’en ai retenu quatre. Ce sont ceux qui nous bloquent – et qu’on nous a souvent inoculés dès l’enfance, parfois sans le vouloir.

Premier mythe : il faut concentrer tous ses efforts sur ses points faibles

C’est l’idée la plus répandue, et peut-être la plus nocive : pour progresser, on devrait s’acharner sur ce qui ne va pas, sur ce qu’on maîtrise mal.

Vraiment ?

Illustration n°1 – L’enfant et l’anglais

Prenons un exemple simple, concernant un enfant. Imaginez que votre enfant ait d’excellentes notes en sport, en géographie, en maths… mais que son professeur d’anglais se plaigne : il est mauvais en anglais. C’est comme si votre enfant était né pour parler uniquement une seule et même langue.

A votre avis, que font la plupart des parents ? – Ils appellent un professeur particulier… d’anglais. Logique, non ? Sauf que cette logique est exactement ce qu’il faut questionner, la démarche la plus appropriée devrait être en quelque sorte contre-intuitive.

En réalité, les parents commencent à « normaliser » leur enfant. Ils veulent le faire entrer dans le moule. La société souffle à leur oreille : « Comment va-t-il vivre sans anglais ? Tout le monde parle anglais aujourd’hui. »

Mais normalité et talent ne font pas bon ménage. Standardisation et génie non plus.

Quelqu’un a dit un jour : « Chacun est brillant à sa manière. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

Une éducation qui « moyenne » tout le monde ne profite qu’à ceux qui gèrent les personnes moyennes. Or, un être humain ne peut pas exceller dans toutes les matières. C’est impossible, et ce n’est pas souhaitable.

La solution, pour cet enfant qui est mauvais en anglais mais doué en dessin ou en sport ? Aidez-le dans ce qu’il aime vraiment. Offrez-lui de beaux pinceaux, un cours avec un vrai peintre. Il l’adorera. Cela lui donnera de l’énergie, une source d’inspiration. Et, heureux, il aura la force d’apprendre le reste – juste assez pour qu’on le laisse tranquille et qu’on lui permette de faire ce qui le rend vivant.

Le même raisonnement s’applique aux adultes. Concentrez-vous sur ce que vous aimez vraiment

Illustration n°2 – Jason Statham, génie malgré lui

Vous connaissez Jason Statham ? L’acteur des films de Guy Ritchie. Avant le cinéma, il était plongeur et a fait partie de l’équipe de natation britannique pendant douze ans.

Dans une interview, un journaliste lui demande : « Travaillez-vous sur vos point faibles ? »

Statham : « Non. »

Journaliste : « Pourquoi ? »

Statham : « Je travaille sur mes forces. »

Journaliste insiste : « Pourquoi ? Quel est l’intérêt ? »

Statham répond : « Si vous travaillez sur vos faiblesses, vous deviendrez au mieux une médiocrité. Si vous travaillez sur vos forces, vous deviendrez un génie. »

Remarquez : il n’écrit pas de thèse en physique quantique, ne vend pas de smartphones. Il joue dans des films – à peu près le même rôle à chaque fois. Il a même avoué : « J’ai l’impression de jouer dans un seul film. Et on me paie très cher pour cela. Je suppose que je suis un homme heureux. »

Illustration n°3 – Gallup et le CliftonStrengths

L’importance de travailler sur ses forces a été largement étudiée par une société américaine bien connue : Gallup.

Fondée dans les années 1950, Gallup conseille les organisations sur la culture d’entreprise, le leadership, le bien-être au travail, la création d’équipes performantes. Il y a une quinzaine d’années, Tom Rath, un de leurs collaborateurs, a publié un livre intitulé StrengthFinder – devenu un best-seller international. Pendant des années, dans le monde professionnel anglophone, les gens se présentaient en disant : « Je suis tel profil StrengthFinder, et toi ? »»

La logique est exactement celle de Jason Statham : travaillez vos forces, pas vos faiblesses.

Conclusion

Ce premier mythe est tenace. Il nous pousse à consacrer notre énergie là où nous sommes les moins compétents, sous prétexte qu’il faut « rattraper » nos retards. Pourtant, les exemples de Jason Statham comme les travaux de Gallup montrent l’inverse : la véritable excellence naît de la culture de nos forces, pas de la correction obstinée de nos faiblesses.

Dans le prochain article, nous verrons trois autres mythes tout aussi répandus : l’idée qu’il ne faut faire que ce qui rapporte de l’argent, la croyance que la vocation viendra spontanément sans effort, et le sentiment paralysant qu’il est « trop tard » pour se lancer.

Les opinions exprimées par les contributeurs de Vues & Revues leur sont propres et peuvent ne pas correspondre celles de Vues & Revues.

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Lara STANLEY

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